En quoi les événements climatiques chroniques constituent-ils un défi particulier par rapport aux crises ponctuelles ?
Le réchauffement climatique entraîne une hausse des températures et, avec elle, une multiplication des événements extrêmes (sécheresses, orages, tempêtes…), ainsi qu’une élévation du niveau de la mer, même si cette dernière reste marginale et concerne principalement certaines côtes du sud-ouest de la France. Si l’assurance joue un rôle essentiel d’amortisseur face aux risques exceptionnels, elle n’a pas vocation à couvrir des risques devenus chroniques. Lorsque les sinistres sont fréquents mais de coût relativement modeste, il est en effet préférable, pour les entreprises comme pour les assureurs, qu’ils soient gérés directement par l’entreprise, intégrés à une ligne budgétaire dédiée et à son plan global de gestion des risques. Dans ce contexte, la prévention devient un pilier central de la stratégie de maîtrise des risques.
Quels freins ralentissent aujourd’hui la mise en œuvre de stratégies d’adaptation ?
Le principal frein demeure la méconnaissance, par les dirigeants, des risques auxquels leur entreprise est exposée, directement ou via sa chaîne de fournisseurs. Les assureurs ont donc un rôle clé à jouer en matière de sensibilisation, territoire par territoire. À mesure que ces risques seront de moins en moins mutualisés, la prévention et les plans de crise visant à assurer la continuité d’activité deviendront indispensables.
Comment les entreprises peuvent-elles intégrer ces évolutions climatiques lentes dans leur stratégie de long terme ?
Cela suppose d’abord un diagnostic lucide des risques, de leur évolution possible et des moyens disponibles pour y faire face. Les coûts liés à l’adaptation climatique doivent être anticipés, intégrés et, le cas échéant, répercutés dans les prix. La plupart du temps, l’impact de ces risques chroniques reste faible à modéré. En revanche, lorsque leur fréquence et leur intensité deviennent trop élevées et visibles dans les comptes d’exploitation, un déménagement peut être envisagé.
Les outils actuels de prospective sont-ils adaptés à ces phénomènes progressifs mais irréversibles ?
Pour certains périls bien identifiés (proximité d’un cours d’eau, zone de montagne, sols argileux…), des outils fiables existent, comme Géorisques. En revanche, les événements climatiques de faible intensité mais répétés sont plus difficiles à modéliser, les outils étant principalement conçus pour les risques extrêmes. Dans ce cas, l’analyse de l’expérience des assureurs, fondée sur les taux de sinistralité observés sur les cinq dernières années, constitue une base pertinente.
Comment les assureurs peuvent-ils accompagner les entreprises et leurs intermédiaires ?
En les incitant à réaliser des diagnostics à partir des sinistres passés et en les aidant à identifier des programmes de prévention déjà éprouvés. Certains assureurs organisent des échanges entre courtiers et clients autour des risques climatiques.
Quels événements climatiques chroniques seront les plus structurants à l’avenir ?
Les vagues de chaleur s’imposent comme le risque majeur. Au-delà du retrait-gonflement des argiles, leur impact touche directement les clients et les salariés, nécessitant des investissements pour maintenir des conditions de travail adaptées. La grêle et les inondations constituent également des risques structurants. Le risque de submersion marine existe, mais reste circonscrit à certaines zones géographiques.